Je suis intervenu le 31 janvier dans le cadre de l’Académie d’Alsace, à Colmar, sur le sujet: L’économie : humanisme et dérives… Voici le contenu de cette intervention:

Mon intervention a été prévue de longue date. Ce délai a permis au sujet que l’on m’a demandé d’aborder dans un premier temps (« De la Démocratie à l’Humanisme » ) d’évoluer, jusqu’à devenir celui que je vais traiter, « Economie et Humanisme », qui, en fait, n’a pas grand-chose à voir.

Car on peut effectivement associer économie et humanisme, tant les deux notions sont intimement liées. L’économie est une activité humaine, et devrait par essence être au service de l’Homme… une économie humaniste, en quelque sorte.

L’économie, en ce qu’elle est échange de biens, peut être reliée au travail individuel. L’argent est un raccourci pratique, simplifiant les relations économiques en donnant un étalon de valeur aux échanges, extérieur aux objets de cet échange.

Là, je viens de décrire le mécanisme dans l’absolu : l’Humain, au centre de l’économie qui est à son service, peut acquérir les biens dont il a besoin, par son travail, en se servant de la monnaie comme intermédiaire.

 

Face à la réalité, on a pourtant l’impression que le mécanisme est grippée : où est l’intérêt de l’ouvrier français dans une délocalisation en Chine ? Où retrouve-t-on le travail dans la spéculation boursière ? Qu’en est-il de l’humanisme, quand ce sont des enfants qui travaillent ?…

 

L’économie est ambivalente… comme la vie.

 

La part humaniste de l’économie, c’est de permettre au travailleur de se faire une place dans la société, une place dans le monde, de permettre de bâtir ses fondations, son avenir personnel et familial, avec un certain confort.

Le revers de la médaille, ce sont les dérives, aujourd’hui surtout capitalistes: manque d’éthique, besoins artificiels, amour immodéré de la possession et de l’argent, exploitation des hommes.

Mais comme je suis optimiste de nature, je sais aussi qu’il est en notre pouvoir d’influer le système, de le changer et faire en sorte que l’Homme redevienne la mesure de toute chose !

 

Dans un premier temps, à la fois pour relativiser ce qui se passe aujourd’hui et exposer les bases théoriques de notre système, je vais faire un rapide déroulé historique sur la notion de travail et la place de l’humain dans cette notion.

Puis j’examinerai le concept de l’innovation, qui est aujourd’hui indissociable de notre système économique.

 Je tenterai ensuite de faire le point sur l’environnement politique de notre époque, que ce soit la mondialisation, les idéologies ou les ressorts utilisés pour faire réagir l’ « Opinion ».

Enfin, en guise de conclusion, j’essaierai d’ouvrir des voies de réflexion visant à remettre de l’humain au centre.

 

I- Voici donc quelques éléments historiques :

 

 Dans les sociétés primitives, on travaillait uniquement pour assouvir ses besoins, à peine une poignée d’heures par jour.

Plus tard, dans l’Antiquité grecque et romaine, le travail est une notion servile.

 À Rome, pour Sénèque : « le travail manuel est sans honneur et ne saurait revêtir même la simple apparence de l’honnêteté ». Pour Cicéron « le salaire est le prix d’une servitude ».

L’homme libre, le citoyen, détenteur du pouvoir politique, n’est assujetti à aucune nécessité.

Travailler à cette époque, c’est donc abdiquer sa liberté, se rendre dépendant… ce qui n’empêche pas de travailler comme un romain…

 

Par contre, dans la Bible, le travail est une valeur, puisque Dieu chasse l’homme du Jardin d’Eden, l’obligeant à « travailler » (Gen 2,15) agir sur la nature « Fructifiez, multipliez-vous, emplissez la Terre et soumettez-la » (Gen 1, 28) et gagner son pain « à la sueur de son front ».

 

Et c’est ce qui structure encore aujourd’hui notre appréhension du monde !

 

Le Moyen-Age, avec l’émergence des villes et des bourgeois, souvent artisans ou commerçants, plante le décor de la suite de l’histoire, c’est-à-dire l’apparition de l’individualisme. En effet, ces villes se soustraient au système des valeurs traditionnelles de la féodalité, où tout est lié à tout, où tout dépend de tout. L’individualisme peut alors pointer le bout de son nez et le travail commencer à gagner ses lettres de noblesse. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces idées évoluent, relayées par le calvinisme, et ces bourgeois se mêlent de la politique, jusqu’alors réservée à l’Aristocratie. L’économie libère et les producteurs, parce qu’ils sont indispensables, revendiquent plus de poids dans la société.

 

La place est donc libre pour le capitalisme, à qui le protestantisme offre une éthique. C’est le propos de Max WEBER, dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Il y met en relief l’influence de l’éthique protestante sur l’organisation rationnelle et formellement libre du travail, qui est pour lui la base du capitalisme occidental. Avec la doctrine de la prédestination, l’homme concentre son énergie sur terre dans l’activité professionnelle et dans la réussite, qui sera interprétée comme le signe d’une bénédiction de Dieu. L’individu devient propriétaire de son propre corps et de ses capacités, ce qui lui permet de vendre sa force de travail.

Le travail est donc la notion centrale aux XVIIe et XVIIIe siècles pour les libéraux. Il devient but suprême et valeur en soi.  Locke (1632-1704) fonde la propriété sur le travail, inventant la notion d’individualisme possessif.
Pour Adam Smith (1723-1790), le travail «  est la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise. »

L’individu égoïste devient donc le point central de la société, plaçant le rapport de son travail, son intérêt, la nécessité de pouvoir échanger les fruits de son labeur, au centre des préoccupations sociales.

Le raisonnement de Karl Marx a la même base, sauf qu’il estime que l’enrichissement vient de l’exploitation du travail d’autrui, donc du détournement de la force de travail, qui est la valeur ajoutée.

 

Depuis, plus grand-chose de neuf !

On peut constater qu’en plus d’une théorie économique, le capitalisme a du devenir une théorie politique. Pour lui, le marché n’a que les frontières qu’il veut bien se donner, et semble donc extensible à l’infini… Le capitalisme n’aime pas les frontières.

 

Mais que reste-t-il de l’Humain, dans cette réflexion ?

 

II- L’innovation, moteur de l’Economie, « pour les Siècles des Siècles » ?

 

Accumulation irraisonnée du capital, endettement des ménages et des Etats (ne voit-on pas cela actuellement en Islande, en Grèce et peut-être en Angleterre ?), augmentation chronique du chômage, les faillites s’accumulent, les usines ferment, l’absence de frontière fait que tous les événements se répercutent partout dans le monde, l’argent outil est devenu le maître, l’homme est devenu consommateur ou spéculateur entraînant délocalisations, licenciements massifs et baisses de salaires…

 

Ce système d’abondance, qui a éradiqué dans nos pays la famine, les maladies, l’extrême pauvreté, a pris un virage qui a creusé l’écart entre les bénéficiaires et les perdants.

 

Y a-t-il un fautif ? On pourrait accuser le système de la spéculation, qui est strictement centré sur le bien-être et la volonté de celui qui spécule… quelles qu’en soient les conséquences. On sort du cadre de départ de notre réflexion, qui plaçait l’économie au service de l’Homme dans l’Absolu, pour arriver dans celui de l’Economie, au service du spéculateur. Pas grand-chose d’humaniste, en somme !

 

C’est une conséquence néfaste du système, une déviance. Et quand on dévie, la solution, c’est de retourner sur le chemin, car ce n’est pas parce qu’on l’a quitté qu’il est mauvais…

 

Avant d’être spéculation, le capitalisme est avant tout marché - c’est-à-dire abondance – et concurrence – c’est-à-dire innovation, pour faire mieux et répondre à la demande. L’innovation est, au niveau de l’entreprise, ce qui permet de dépasser la concurrence. Au niveau du consommateur, c’est ce qui lui améliore la vie : voilà donc l’Humain de retour dans l’économie moderne !

L’innovation est le moteur de l’évolution de la société, mais aussi de la croissance économique ! L’innovation est le pilier de l’Economie !

 

Mais il est dans la nature de l’Humain d’avoir peur de la nouveauté qui, il faut bien le reconnaître, n’est pas toujours bonne.

 

 

Ainsi, certains vont jusqu’à prôner la décroissance. Notre système économique étant basé sur la croissance, on pense que s’il y a des problèmes, il faut changer de direction, voire prendre la voie opposée, donc celle de la décroissance.

La question est donc de savoir si en ces temps d’abondance, l’avenir pourrait être à la décroissance ? Faut-il faire de la décroissance, parce que nous avons peut-être mal géré la croissance ? Non ! Il faut promouvoir une croissance bien gérée ! Et une croissance bien gérée, c’est une croissance qui a le souci de l’humain ! Pour moi, la solution est simple.

Tant que, dans la pyramide sociale, il y aura une différence entre le haut et le bas de cette pyramide, la base de cette pyramide espérera monter. La croissance, c’est mettre en œuvre les moyens pour que le bas de la pyramide remonte. Et pour éviter les problèmes qui se poseront inévitablement, il suffit d’y réfléchir, au lieu de laisser-faire tout et son contraire.

Il y aura toujours une croissance, ne serait-ce que dans les progrès de la connaissance, de la culture et de l’art, par exemple.

Pour les plus fragiles, les plus pauvres il y a toujours l’espoir d’un monde meilleur, d’une sortie digne et positive. N’est-ce pas là la définition-même du rêve américain ? Les Etats-Unis, malgré les critiques que l’on peut formuler à leur égard, n’ont-ils pas donné à des millions d’immigrants le sens de la dignité, du travail, du goût de la réussite, même s’il est vrai qu’au cours des dernières années, ce rêve a amené à la fameuse bulle immobilière, qui est à l’origine de la crise actuelle ?

Aujourd’hui, l’innovation, c’est l’usine à rêve, créatrice d’envies de consommation, c’est aussi le cinéma, les séries télé, qui sont à la fois un bien de consommation, mais aussi un moyen de transmettre sa culture et de favoriser son modèle sociétal.

L’innovation regroupe donc en elle deux éléments indispensables à l’économie et à la croissance. Elle est à la fois ce qui fait s’améliorer le système, mais aussi ce qui donne envie de consommer.

Alors oui, puisque je posais la questions tout à l’heure, il est possible, pour ne pas dire souhaitable, que nous innovions pour les siècles des siècles !

 

III. Quel est donc le contexte politique de notre époque ?

 

L’Humain sera-t-il forcément écarté de la globalisation ? Sera-t-il broyé par ce modèle?

La réponse, c’est tout simplement de se pencher sur un modèle « global » que je connais bien… que vous connaissez bien : l’Union Européenne !

L’humanisme est au cœur de la construction européenne. Le Marché Commun a été fait avant tout pour les citoyens !

Pourquoi ? Parce que l’Humanisme est probablement ce qui caractérise l’Europe, ce qui exprime le mieux sa nature.

 

Il est certain que ce modèle n’est pas universel, puisque ce n’est pas celui de la Chine, qui est confucianiste.

Mais l’Europe est un modèle qui fonctionne et dont le fondement est l’Humanisme

 

 

Que peut-on dire d’autre de notre époque ?

D’abord, l’homogénéisation des modes de vie, des modes de consommer, des modes d’habiter ou des modes de voyager. Zara est une marque que vous retrouvez dans presque toutes les villes du monde et les magasins sont bâtis sur un modèle unique.

Ensuite, l’abolition du temps : tout événement est vu au même moment par des millions de spectateurs ou d’internautes. Il en est de même pour la rapidité des flux financiers, qui est quasi instantanée.

Notons aussi la disparition des notions de frontières, de territoires.

Donc tout homme, tout objet, tout élément dématérialisé circule à tout moment à travers le monde dans un mouvement incessant.

 

Plus de place pour le vide, le silence, la contemplation, les civilisations peu ou pas contaminées par le système occidental.

 

On peut ajouter que les grands groupes imposent une mobilité planétaire à leurs cadres. Ils les déracinant, les coupent de leurs traditions, de leurs modes de vie classiques, quelquefois de leur famille. En parallèle, ils inventent ainsi une sorte de « citoyenneté d’entreprise » et créent une hyperclasse riche, mais entièrement nomade.

On peut dire aussi que l’Univers en entier est sous surveillance, grâce à l’inflation de nouveaux moyens de contrôle.

 

En gros, Mac World jusqu’au fin fond de l’Amazonie !

 

Logiquement et en parallèle, plus la globalisation avance, plus les revendications identitaires se font jour. Mais il ne s’agit pas des identités classiques, traditionnelles. Celles-là sont nouvelles, éruptives, fantasmées (pensons à l’islamisme par exemple), tandis que les anciennes plus organiques, traditionnelles, auraient tendance à disparaître. Pourtant, on doit s’excuser de parler de l’identité nationale.

 

Qu’en est-il des idéologies, qui ont fait bouger le monde durant les deux siècles passés ?

Comme l’avait évoqué Albert Camus dans son discours du Nobel, elles meurent… même si elles ont tenu plus longtemps qu’il ne l’avait prévu.

Les Etats-nations perdent leur centralité : trop grands ils ne peuvent répondre à toutes les attentes de leurs concitoyens.

Ils sont pourtant trop petits pour répondre aux problématiques contemporaines liées à la globalisation.

Ils perdent aussi leur légitimité en leur propre sein, car les centres d’intégration qu’étaient l’école, l’armée, les syndicats, les partis sont entrés en crise et n’intègrent plus les citoyens, quels qu’ils soient.

Le lien social se fait désormais autrement… s’il se fait !

 

J’en reviens au jeu des partis au sein des démocraties.

De véritables crises politiques ont lieu, par défaut de représentativité des gouvernements, du fait d’une abstention massive aux échéances électorales, du fait de mouvements sociaux de plus en plus radicalisés et de l’émergence de nouveaux populismes, de gauche ou de droite.

D’ailleurs, que signifie encore, de nos jours, cette partition « gauche-droite » ? Existe-t-il encore de vrais clivages de ce type ?

Il faut reconnaître que la droite et la gauche, au cours des décennies passées, ont beaucoup changé. Le contenu de leurs doctrines n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il était il y a 50 ans !

Les deux connaissent une crise d’identité. La gauche peut-être un peu plus que la droite, depuis 2007 !

On pourrait peut-être s’en réjouir, si l’on en croit José Ortega, puisque selon lui: « Être de gauche ou être de droite, c’est choisir une des innombrables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbécile ; toutes deux, en effet, sont des formes d’hémiplégie morale ».

La question n’est peut-être plus « à droite ou à gauche » mais plutôt «  et à droite et à gauche ». Car en définitive, les idées ne sont pas de droite ou de gauche : elles sont justes ou non ; ou elles sont bonnes ou non ; utiles ou non.

 

Pourtant, ce n’est pas la direction prise ni par les politiques, ni par les médias, qui ont tendance à confondre idées et slogans. De plus en plus, on se sert du ressort de la peur pour « fidéliser » une « clientèle ».

 

Des peurs, il peut y en avoir de plusieurs sortes. J’en évoquerai deux principales, qui ont néanmoins des fondements solides et qui sont régulièrement manipulées par des médias en quête de sensationnel. Pour résorber ces craintes, c’est ensuite le politique qui doit intervenir et sans cesse, expliquer, s’appuyer sur des faits, des rapports précis et scientifiques, sur des experts certifiés. Une sorte d’évangélisation politique destinée à éviter les peurs irraisonnées, les théories de complot (comme on l’a vu avec la grippe A et la campagne de vaccination, mise en doute par Internet, notamment !).

 

Les deux sujets que j’ai choisis d’effleurer ici sont la démographie et le changement climatique. Deux poncifs, en somme.

 

- Démographie : c’est l’une des questions les plus cruciales que nous aurons à traiter. Aujourd’hui, on sait que la population mondiale ne cesse de croître et qu’à ce rythme, elle atteindra près de 8 milliards d’ici 30-40 ans.

La fécondité est en baisse depuis une génération dans le monde entier. L’Europe et le Japon depuis plus de 20 ans ne remplacent plus leur génération. Le XXIe siècle sera celui de l’implosion démographique ! Il s’agit bien d’une implosion et pas d’une explosion ! Il faut savoir que depuis 1970, la fécondité de la Chine est passée de 5,3 enfants à 1, 8 enfants par femme.

Il reste que parmi les pays pauvres - qui tous connaissent aussi une baisse de fécondité - c’est l’Afrique sub-saharienne qui possède encore aujourd’hui le niveau le plus élevé. Néanmoins, elle est passée en 20 ans de 6,2 enfants à 4,9 enfants par femme.

 

Quelle va en être la conséquence ?

 

Le vieillissement d’une partie de l’humanité !

Pour ce qui est des pays riches, un fait est notoire : ils ne remplacent plus leurs générations et ils vieillissent. De façon très pragmatique, on peut se demander qui paiera la retraite de ces classes d’âge, dans 10 ans, dans 20 ans et dans 30 ans ?

Ainsi nous assistons à une inversion générale des pyramides des âges, chose inconnue jusqu’à maintenant dans toute l’histoire de l’Humanité.

À noter encore un phénomène essentiel :

L’Union Européenne à 27 membres, troisième population parmi les entités politiques du monde après la Chine et l’Inde, rassemble aujourd’hui 519 millions d’habitants. Or, l’Afrique subsaharienne, sera bientôt deux fois plus peuplée, puisqu’elle compte aujourd’hui 870 millions d’habitants.

 

 Ainsi, la Méditerranée sépare la zone où fécondité et mortalité sont les plus faibles au monde au Nord, de celle où elles sont les plus fortes au Sud, en même temps que leurs niveaux de richesse et de développements économiques sont les plus éloignés au monde !

 

Les effectifs de ces jeunes adultes âgés de 20 à 40 ans sont donc appelés à doubler d’ici à 2040 en Afrique Sub-saharienne, passant de 250 millions à 500 millions en trente ans.

Ceci signifie - toutes choses égales par ailleurs, en particulier si la probabilité d’émigrer dans l’Union reste ce qu’elle est aujourd’hui - que la pression migratoire sur les frontières de l’Union Européenne des jeunes adultes en provenance de l’Afrique Sub-saharienne est appelée à doubler au cours des trois prochaines décennies.

Que fera l’Europe face à cela ? Accueil encore plus important ? Rejet massif ? Guerres civiles ? Les scénarios sont ouverts, mais on n’est pas sûr que les faits retiendrons les plus humanistes… surtout si nous prenons en plus en compte un élément encore peu connu, celui du réchauffement planétaire.

 

 

- Changements climatiques, écologie : La biodiversité est de moins en moins diverse, chaque année des dizaines d’espèces animales et végétales disparaissent.

Si nous ne confirmons pas la politique mondiale dans ce domaine, ces disparitions ne feront qu’augmenter. Mais il est difficile de faire changer les mentalités.

 

Que faire devant la pénurie à venir des matières premières (pétrole, gaz) ? Est-elle d’ailleurs avérée ou n’est-elle qu’un moyen pour conserver un marché au plus haut niveau ? Quelles solutions trouver pour régler cette incertitude ? Le nucléaire peut-il être installé partout et quid des déchets alors que l’on ne peut pas tout retraiter ni stocker (au fond des océans ? dans nos sous-sols ? dans l’espace ?).

La voiture électrique est-elle vraiment une si belle solution, puisque nous ne disposons que de deux ans de réserve de Lithium, qui est l’élément nécessaire à sa fabrication ?

 

Comme vous avez pu le noter, cet exposé pose beaucoup de questions. Le moment est maintenant venu de tenter d’apporter certaines réponses, ne serait-ce que dans l’énoncé de principes, qui permettront, je le pense, de ré-humaniser non seulement l’économie, mais notre société en entier.

 

IV- Quelles peuvent être les pistes pour redonner force à l’humanisme ?

 

Nous l’avons vu, la globalisation impose une homogénéité aux hommes et aux choses qui n’est rien moins que naturelle.

Il ne s’agit pas de fonder une utopie, mais, en tenant compte des faits, de trouver des pistes pour améliorer la réalité.

Il faut donc tenir compte de deux préalables déjà évoqués. Le premier, c’est que la mondialisation implique que tout événement se répercute sur toute la planète.

La seconde, c’est l’émergence de nouvelles solidarités, qui déplacent les équilibres et aboutissent à ce qu’on appelle le monde multipolaire. L’Union pour la Méditerranée en est un exemple parfait.

 

Tout est possible, dans la mondialisation : le meilleur comme le pire !

 

La première piste que j’explorerai est au niveau du rôle des états.

 

N’ont-ils pas fait leur temps, tels que nous les connaissons ? Ne faudrait-il pas qu’ils se réorganisent à l’échelle de grands ensembles de civilisations ? Le politique pourra reprendre le dessus.

L’action locale prendrait aussi du coup toute son importance, face à ces grands ensembles. Il ne sert à rien de se battre au même plan que la globalisation. Il faut comme au judo se servir de la force de l’adversaire.

 

Le réchauffement climatique a suscité le sommet de Copenhague. On peut tout dire du déroulement du sommet, de ses causes, de ses effets, des problèmes qui s’y sont fait jour, de ceux qui en ont découlé… Ce que moi j’en retiens, c’est qu’une problématique planétaire a été reconnue et que, au niveau planétaire, des solutions ont été initiées. Pas parfaites, soit !  Mais ce n’est pas ça qui est important !

 

 

 

Nous, alsaciens, devrions être sensibles à cette façon de régler les choses. Nous sommes les héritiers des humanistes rhénans, qui, par-delà les frontières, ont suscité une nouvelle identité, qui n’existait pas avant eux. On peut même s’enhardir à penser que sans eux, l’Europe n’existerait pas ! Peut-être est-il temps de la réinvestir dans notre quotidien.

Le bassin rhénan a beaucoup contribué à forger une conscience européenne à travers l’histoire et peut transmettre à l’Europe du XXIe siècle, un héritage considérable, un sens de l’équilibre, de la raison, du juste milieu et de la créativité qui manque au projet européen pour s’affirmer authentiquement humaniste, démocratique et citoyen.

Un modèle de pensée et d’action à promouvoir.

Il transcende les frontières naturelles et politiques tout autant que les disciplines du savoir. Il est question de faire prévaloir la force de l’intelligence et le rempart de la culture contre l’ambition des puissants et les guerres auxquelles leurs rivalités aboutissent.

 

 

En définitive, la question n’est-elle pas simplement de regarder l’avenir avec les yeux d’un enfant, prêt à s’émerveiller, et de cesser d’être pessimiste ?

Ne suffirait-il pas de ré-enchanter le monde… ?

 

Nous devons donc imaginer des parades pour éviter l’uniformisation.

 

En guise de conclusion, permettez-moi de vous citer Albert Camus, dans son discours du Nobel en 1957 et qui est encore d’actualité  : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. »

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