Voici ma contribution au livre “Au défi de la crise pour une gouvernance mondiale des économies”, actes d’un colloque éponyme qui s’est déroulé au printemps 2009 à l’Assemblée Nationale, récemment édité au Manuscrit par l’association des démocrates européens. Vous pourrez y retrouver des signatures comme celles d’Edmond Alphandéry, Gérard Israël ou Olivier Stirn. Il est disponible sur le site http://www.manuscrit.com/book.aspx?id=13048

“Lorsque nous avons envisagé l’idée d’organiser le présent colloque, notre idée était très précise. Il s’agissait de donner une armature à la politique économique européenne, un véritable corps. Pour ce faire quatre questions devaient donc y être abordées, qui semblaient alors primordiales.

En premier lieu, nous aurions proposé que la Banque Centrale Européenne soit dotée d’un tutorat politique, l’Eurogroupe, dirigée par un président issu de l’un de pays de la « Zone Euro », comme aux USA, où la réserve fédérale accepte l’influence du Gouvernement.

Ensuite, il nous semblait important de faire en sorte que les dépenses militaires et de recherche soient extraites des critères de Maastricht.

En troisième lieu, il s’agissait de faire accepter l’idée d’une politique de « Champions Européens », et de rénover la politique européenne de la concurrence.

 

Enfin, nous envisagions le cofinancement des politiques d’infrastructures.

Toutes ces suggestions étaient bonnes et adaptées à une situation économique normale. Mais, à ce jour, plus rien n’est normal : la crise financière, qui se transforme progressivement en crise économique dont on est bien incapable de voir aujourd’hui jusqu’où elle nous mènera, a complètement changé les bases de notre réflexion… et l’a peut-être même rendue encore plus indispensable. En premier lieu, elle oblige la finance à reparler politique et à l’écouter pour essayer de comprendre.

Que deviennent aujourd’hui nos préoccupations d’alors ? Elles restent les fondamentaux de notre réflexion, mais les réponses que nous y apportons ne peuvent plus être les mêmes ! D’abord que faut-il penser du projet de réforme du système financier proposé par la commission ?

Que penser du fait que les pays européens à déficits jumeaux, comme la Hongrie ou les Pays Baltes, soient aidés par le FMI, qui fonctionne à 60 % avec des fonds américains ? Ne serait-il pas légitime que ce soit l’Europe elle-même qui prenne en charge ces politiques de soutien, au nom de la solidarité intra-communautaire ? Ne risque-t-on pas de créer une fracture entre les états membres alors que certains dépendraient d’aides extérieures ?

N’est-ce pas le moment de montrer la solidarité des pays les plus riches d’Europe ? S’il n’y a pas de solidarité, c’est l’égoïsme national qui sera sacralisé.

Qu’en est-il alors de la politique des champions européens ?

Cette idée reçoit aujourd’hui un éclairage qui n’a plus rien de théorique ! D’autres questions s’y ajoutent, pour la préciser et l’orienter. Il ne s’agit plus de tenter de faire accepter l’idée des « champions européens », mais surtout de s’interroger sur l’avenir à moyen terme des « champions nationaux »… On en est là ! Que va devenir l’industrie automobile française ? Les mesures prises suffiront-elles à éviter le plus gros des dégâts ? On voit bien ce qui est fait pour soutenir l’activité des banques et du crédit, mais qu’en est-il du crédit inter-entreprise ? La situation étant exceptionnelle, ne doit-on pas envisager des mesures exceptionnelles ?

En dernier lieu, il me semble qu’on peut saluer la réactivité de la BCE, quand elle a décidé de baisser ses taux. Mais d’autres questions se posent, dont deux me paraissent fondamentales, tant pour l’avenir de l’Europe que pour son identité.

D’abord, et c’est un choix fondateur, faut-il ou au contraire ne faut-il surtout pas définir les conditions d’entrée des états dans la zone Euro ?

Quant à l’aide au financement des politiques d’infrastructure, il semble non seulement que la question soit toujours d’actualité, mais en plus, qu’il faille en étendre l’acceptation ! En effet, l’un des moyens de relancer l’économie européenne pourrait être d’avancer le paiement des fonds structurels européens, quitte à endetter l’Europe pour cette avance de trésorerie aux pays de l’Europe Centrale. En fait, la question se pose plus largement : n’appartient-il pas à l’Europe de gérer le plan de relance par l’investissement, y compris les fonds structurels ?

Bien sûr, à ce jour, les enjeux et les perspectives ne peuvent être que mondiaux, même si l’Europe doit fixer sa direction d’abord. Mais pour que les systèmes mis en place soient efficaces, il ne suffit pas de le vouloir pieusement de son côté !

De la même façon, on ne peut pas nier que les instruments de la régulation mondiale existent. Ils sont de différentes sortes. Mais, on ne peut pas dire qu’ils sont efficaces pour prévenir ou contenir la Crise à laquelle nous devons aujourd’hui faire face.

A l’appui de notre démonstration, on peut donc se demander pourquoi le FMI n’a pas identifié à temps les risques systémiques qui portaient sur l’économie mondiale ? Si l’ONU se dote d’un forum de stabilité financière, est-ce que ça marchera mieux ?

Qui sera chargé de la supervision mondiale des banques alors qu’aujourd’hui le FMI s’interdit de superviser les systèmes bancaires américains et chinois ?

Il en est de même pour l’Organisation Mondiale du Commerce ! A ce jour, cette structure, pourtant dotée d’un instrument de coercition, avec l’organe de règlement des différents, est embourbée dans l’agenda de DOHA, paralysée par les règles de l’unanimité. Or, c’est la Crise ! L’OMC, si elle ne veut pas être disqualifiée par la Crise, doit évoluer de façon à régler les problèmes urgents du moment et engager de vrais débats sur les services, la concurrence, les normes, la négociation entre zones homogènes… Plutôt que d’essayer de conclure sur le tout, peut-être pourrait-on se contenter d’accords partiels ?

L’instabilité monétaire est un facteur qui aggrave la difficulté de passer des accords bilatéraux de libre échange. L’Europe a mis des années pour y arriver, avec une certaine stabilité. Est-on réellement  capable de préparer un accord transatlantique dans les conditions actuelles ?

L’Aide publique au développement, elle, est notoirement insuffisante, souvent inefficace, et elle se perd dans des problèmes de gouvernance nationale. J’ajouterais qu’on ne peut pas être satisfait que le travail des ONG remplace celui des états défaillants. Les engagements du millénaire semblent complètement oubliés. Pour ce souci d’appliquer un libéralisme dogmatique, on a abandonné le système des préférences alors qu’il fonctionnait bien et donnait satisfaction. Doit-on rester enfermé dans ce carcan du dogme libéral ?

Du fait de la même volonté dogmatique, on a permis à des professions de gérer des normes qui les régissaient. On a donc instauré une gouvernance privée. C’est le cas pour les banques. Je ne suis pas certain que les états feraient mieux que le privé, mais en permettant ceci, ils se sont coupés d’un moyen de rendre une politique globale cohérente et d’avoir des leviers d’action sur les agrégats économiques. Et à cette heure, ce serait bien utile !

On peut aussi s’interroger sur le rôle du Dollar et maintenant de l’Euro. Avons-nous aujourd’hui intérêt à prôner l’Euro comme monnaie de réserve ? Qu’en dit la Chine ?

Et la dette gigantesque que les pays développés sont en train de mettre en place, comment va-t-on la traiter plus tard ?

Ma conviction n’est pas pessimiste. Au contraire ! Mais l’avenir doit être préparé sur des bases concrètes, réelles. La croissance a besoin de cadres stables. Les réformes, même les plus utiles, créent de l’attentisme. Mais les gains de productivité potentiels dans l’économie réelle sont là, les innovations sont prêtes ; la croissance verte est une réalité. Le monde peut espérer un bénéfice de la globalisation, de l’innovation… mais il a besoin de repères !

Les repères sont culturels, éducatifs, éthiques et c’est aux institutions d’incarner les différents modèles possibles. Cette crise est à ce titre un désaveu de l’universalisme du modèle américain, qui a créé les licenciements boursiers ou la mésestime de la valeur travail. Et ce n’est sûrement pas ce que nous voulons !

La gouvernance économique européenne devrait incarner les valeurs qui nous animent et nous n’avons là-dessus pas encore perçu les valeurs que pouvaient incarner le forum de stabilité financière ou la communication en avril, par la commission, des propositions sur les fonds d’investissement spéculatif et les structures de rémunération.”

Share/Save/Bookmark

Comments

No Comments

Leave a reply